Aissatou Barry

Aissatou Barry

Aissatou Barry, d’origine guinéenne, est née en 1980 au Liberia. Ses parents sont tués pendant le conflit armé que connut le Liberia lors de la première guerre civile. Elle quitte ce pays et, âgée d’à peine quinze ans, est forcée de se marier en Côte d’Ivoire.

En 2011, elle revit l’horreur lorsqu’éclate la guerre civile en Côte d’Ivoire. Son conjoint est torturé et assassiné sous ses yeux. Pour sauver sa vie et celle de ses quatre enfants en bas âge et enceinte de son cinquième enfant, elle prend le chemin de l’exil. Plus de 4.600 km. les séparent de leur destination : le Maroc.

Surmontant les obstacles et affrontant la faim et la soif, ils traversent le désert et arrivent sains et saufs à Rabat. Son dernier fils est né à Berkane. Aidée par les associations locales, elle travaille comme professeure. En 2012, sa demande d’asile est rejetée. Démunie et sans moyen de subsistance, Aissatou doit fuir au Gourougou avec ses enfants.

La montagne Gourougou se situe en face de Melilla, frontière de l’enclave espagnole au nord de l’Afrique. La peur au ventre, des migrants de toutes nationalités survivent dans cet immense campement dans les bois de la région de Nador. Comme tant d’autres, elle regarde au loin l’Espagne, porte d’entrée de l’Europe. Elle voit la frontière, haute de huit mètres, infranchissable avec des enfants. Après des mois de disette et craignant pour ses enfants, arrivât enfin le jour de la traversée dans une patera. La police les poursuivant sur la plage, elle n’embarquera pas mais ses enfants sont déjà montés à bord. Elle les laissera partir. L’ainée et le cadet vivent en Andalousie en Espagne dans un centre pour mineurs. Les autres ont été accueillis en France par une famille dont la générosité ne fait aucun doute.

Elle est seule au Maroc et elle souffre de cette séparation. En tant que mère qui souhaite plus que toute une vie digne pour ses enfants, elle se console en les sachant sur sol européen après avoir survécu à l’horreur de la guerre et à la traversée du continent africain.

Son histoire est le miroir des femmes migrantes en Afrique. Le cinéaste australien, David Fedele la raconte dans un film poignant : The Land Between.

Son parcours migratoire et son vécu sont à l’origine de la création de son association Ponts Solidaires Maroc dont elle est la présidente. L’objectif de cette organisation est de sensibiliser et d’aider les migrants qui arrivent au Maroc ou qui retournent dans leur pays d’origine. De plus, Ponts Solidaires Maroc est un moyen pour que la population locale se solidarise avec la situation des migrants.

Comme l’Europe n’a pas de politique d’accueil qui garantisse le futur de celles et ceux qui cherchent un avenir, Ponts Solidaires Maroc agit sur le plan éducatif et l’échange pour que les migrants s’installent au Maroc,

D’autre part, l’association travaille pour que les migrants subsahariens qui vivent dans la précarité et la clandestinité puissent s’intégrer dans ce pays car, la plupart ayant une formation, ils représentent une force vive pour le Maroc de demain. Par tous les moyens, Aissatou Barry tente de les convaincre de ne pas embarquer pour traverser la Méditerranée. Un voyage sans retour qui connaît trop souvent une fin tragique.

Ponts Solidaires Maroc œuvre pour établir un dialogue et chercher une solution efficace pour canaliser les mouvements migratoires qui bouleversent l’Afrique. L’association se charge également de retrouver les familles des migrants morts ou portés disparus. C’est par centaines qu’affluent les demandes. Un drame que seule la conscience des pays d’origine et d’accueils pourra résoudre.

La situation d’Aissatou Barry est aujourd’hui régularisée. Elle a ses papiers d’immigrée résidente et occupe le poste de PDG de sa propre entreprise, la société Barry & Fils Sarl basée à Tanger.